Le regardeur regardé

Le regardeur regardé


Dans les musées et autres lieux patrimoniaux, le spectacle n’est pas toujours où l’on croit. De nombreux artistes parcourent les musées et observent les autres visiteurs avec autant d’attention que les œuvres qui les entourent, souvent armés de leur appareil photo. C’est le cas du photographe américain Elliott Erwitt, qui a pris de nombreux clichés entre 1975 et 1995, souvent au détriment des visiteurs et sous le nez des gardiens (les photographies étaient alors moins tolérées qu’aujourd’hui). Des images en noir et blanc superbement composées qui ne sont pas dénuées d’humour, prises avec le regard très tendre et observateur qui le caractérise. Ces images sont regroupées dans un livre, Museum Watching, édité chez Phaidon.

 

GREECE. Athens. 1963. Acropolis Museum in Athens.

Miscellaneous. 1993.

SPAIN. Madrid. 1995. Prado Museum.

USA. Washington D.C. 1967. The Smithsonian Institute.

Peut-être un peu plus cruel, mais tout aussi drôle, l’œil acéré de Martin Parr photographie visiteurs de musées et touristes en tout genre à travers le monde, et déclenche toujours l’objectif au bon moment, en couleur cette fois-ci. L’une des caractéristiques que ses images mettent le plus en avant est la tendance des touristes à prendre frénétiquement les œuvres ou monuments en photo avant de passer au suivant.

Le photographe allemand Thomas Struth place quand à lui son appareil plus loin de ses sujets. Avec un plus grand angle, certaines images semblent même avoir été prises depuis le point de vue des tableaux. Nous avons maintenant une idée de ce que voient les portraits qui nous contemplent depuis leurs cimaises. Dans ces photographies, tirées ensuite sur grand format (souvent 1.8x2m), on peut observer la diversité des attitudes faces aux œuvres, des regardeurs totalement absorbés aux visiteurs indifférents ou même ennuyés face aux chef-d’œuvres qui les entourent. Quand on se trouve face à ces tirages de Thomas Struth, on est placé dans une position de mise en abîme assez troublante. Il est d’ailleurs assez drôle de voir en ligne des photographies de ses expositions ; des visiteurs contemplant des photographies de visiteurs contemplant des tableaux.

Avec la multiplication des smartphones, des réseaux sociaux et une envie grandissante d’impliquer les visiteurs en les rendant actifs durant leur venue, ce sont maintenant souvent les musées eux-même qui les invitent à se mettre en scène dans les espaces du musée, quand ce ne sont pas les community managers qui prennent en photo les visiteurs pour alimenter les comptes Facebook, Instagram, Twitter ou Tumblr des structures. De nombreux hashtags existent, comme #museumselfie, #playartfully, ou simplement le nom du musée où les images ont été prises. Si certaines tiennent du selfie bête et méchant, d’autres sont parfois réussies, les musées offrant souvent des espaces où les possibilités de s’amuser avec les formes, les couleurs et l’architecture sont nombreuses, devenant un terrain de jeu créatif idéal.

Certains artistes impliquent ainsi les visiteurs dans des projets participatifs, comme Navid Nuur et son site Bored at the Museum, invitant les visiteurs à lui envoyer leurs clichés. Un petit rappel pour ceux qui seraient tentés, attention, l’abus de selfies peut être dangereux pour les œuvres

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Une des images récupérée dans Bored at the Museum

Récemment, on a vu circuler sur la toile ces selfies de statues. A force de voir les visiteurs se prendre en photo, les œuvres seraient-elles devenues jalouses de ce manque d’attention ?

Il y en aurait bien plus, mais voici des liens pour visionner quelques autres images des regardeurs dans les musées :

Martin Parr : lien
Richard Kalvar : lien
Henri Cartier-Bresson : lien
René Burri : lien
Martine Franck : lien

Richard Kalvar

Richard Kalvar

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