Interview avec Nicolas de Crecy


Aujourd’hui, nous sortons des placards une interview de Nicolas de Crécy datant de janvier 2006, lors de la 33ème édition du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême. Il avait très gentiment accepté de répondre longuement à nos questions, mais le résultat n’avait malheureusement jamais été publié à l’époque pour cause de fermeture du site. Mieux vaut tard que jamais, la voici donc aujourd’hui dans son intégralité ! Beaucoup de questions concernent ses projets de l’époque, mais les réponses restent tout de même très intéressante sur sa façon de travailler, les projets qu’il avait il y a quelques années, et de voir lesquels se sont concrétisés ou non depuis. L’article a été mis à jour avec des images plus récentes que l’interview.

Pour plus d’images, rendez-vous sur son blog : http://500dessins.blogspot.fr/

Interview avec Nicolas de Crécy :

Pourriez-vous nous parler un peu de la genèse de votre bande-dessinée Période Glaciaire: comment le Louvre vous a-t-il contacté ? Comment il vous a présenté le projet… ?

Fabrice Douar, qui travaille aux éditions du Louvre, aime la Bande Dessinée et avait depuis longtemps l’idée que dans tout ce qui est exposé au Louvre, il y a une narration par l’image. Il lui semblait que la BD était un moyen contemporain de parler du Louvre, et il a réussi à convaincre sa hiérarchie de faire ce projet d’album de BD dessus. Le problème est qu’il voulait réunir plusieurs auteurs dans un même album, et je lui ai dit que c’était une mauvaise idée car en général, c’est assez moche. Ça donne des trucs qui fonctionnent mal. L’autre idée était de faire quelque chose de complètement libre, c’est-à-dire de donner carte blanche à quelqu’un pour qu’il s’exprime sur le Louvre en toute liberté. Sinon ça donnerait encore un espèce de produit pédagogique sans grand intérêt… On s’est mis d’accord et c’était parti.

Vous avez donc pu vous promener dans le Louvre vide autant que vous vouliez, passer des heures devant chaque œuvre d’art…

Effectivement, j’avais un Pass. Le luxe car ça permet d’y aller le mardi, quand il n’y a pas de public, parce que sinon il y a un monde monstrueux au Louvre… C’est impossible de regarder les œuvres. J’ai donc pu me promener à loisir. Le problème était « Comment construire quelque chose autour du Louvre ? ». C’est très difficile vu la richesse du lieu. Je ne sais pas combien il y a d’œuvres, mais il a été calculé qu’une vie ne suffisait pas pour les admirer toutes.

Comment vous-est venue cette idée d’imaginer que des explorateurs reconstruisent notre histoire à partir des tableaux, comme le font les archéologues avec des ossements, qu’ils imaginent ce qui se passe de nos jours ?

J’ai eu un problème par rapport à cette richesse du Louvre, je ne savais pas comment l’aborder. Je n’avais pas d’angle d’attaque, je suis resté 2 mois en circulant dans le Louvre, sans savoir comment faire. Pendant ces deux mois j’ai un peu paniqué, parce que c’était une demande intéressante de la part du Louvre, assez étonnante de leur part, c’était important pour moi, mais je ne savais pas comment m’en tirer.
 J’ai eu un moment de blocage complet, et finalement l’idée m’est venue en regardant une photographie. J’avais fait un voyage en Islande deux ans auparavant durant lequel j’avais pris des photos. C’était en hiver, et durant l’Islande en hiver, on peut vraiment parler de Période Glaciaire ! Il y avait une langue de glace et de neige autour de laquelle je me suis baladé, et sur cette photo, il y avait un panneau de signalisation enfoui dans la neige qui servait sans doute l’été pour un parking ou autre, et je me suis dit que l’idée était là. Après il a fallu construire un scénario autour, intégrer les œuvres du Louvre qui m’intéressaient, qui pouvaient fonctionner dans ce scénario. Ça a été assez compliqué à faire.

Comment avez-vous choisi les œuvres? Celles qui vous permettaient le plus de possibilités pour l’histoire, celles que vous préfériez ?
Non non, celles que je préférais. Je n’ai pas montré le tiers de ce que j’ai photographié ou même de ce qui m’intéressait. En fait j’avais une banque d’images: je me suis promené plusieurs fois, j’ai photographié plein d’œuvres qui me plaisaient pour différentes raisons, simplement parce que je les trouvais intéressantes ou parce que je leur trouvais quelque chose qui pouvait fonctionner narrativement…
J’en ai photographié plus de 400 pièces et il doit y en avoir 150 dans l’album. J’ai choisi ce qui pouvait correspondre, ce qui donnait lieu à un développement intéressant par rapport au scénario, ou que je voulais dessiner simplement parce que je les trouvais vraiment intéressantes. Pour moi le but était de ne pas montrer des œuvres connues. J’ai un peu montré la Joconde, mais d’une manière détournée. J’ai parlé d’elle à travers l’histoire qu’elle a eu pendant la seconde guerre mondiale où toutes les œuvres du musée se sont baladées à travers la France. Je ne l’ai pas nommée, je m’y refusais. Toutes les œuvres que j’ai choisies sont des œuvres très peu connues.

Parlons un peu de Japon. A l’origine c’était un reportage sur un voyage au Japon ; plusieurs auteurs sont partis là-bas, et vous avez trouvé le moyen de caser une de vos créatures farfelues aux drôles de formes, même dans un reportage sur ce pays ! Comment vous est venu cette idée cette fois-ci ?
Quand on va dans un pays, quel qu’il soit, quand on arrive dans une culture qu’on ne connaît pas et qu’on y reste 15 jours, je ne vois pas ce qu’on peut en dire, à part les clichés habituels, même s’il y en a quelques-uns inévitables que l’on constate, qu’on ne peut pas ne pas évoquer.
La demande était de faire une fiction par rapport au Japon. L’idée m’est venue car j’ai remarqué qu’au Japon, il y a un soin apporté au graphisme, c’est une écriture réelle, on le voit dans le manga, et aussi dans tout ce qui est produits dérivés. Le moindre jus d’orange, le moindre truc a un personnage, une mascotte, mais soignées, contrairement à ici où les mascottes sont vraiment… minables, faites par des graphistes dont on se demande d’où ils sortent… Justement je fais référence à la mascotte qu’il y avait pour le foot en France en 98, je ne sais plus ce que c’était exactement, mais c’était une horreur.
C’est là qu’on voit la différence culturelle par rapport au graphisme ; en France je le trouve extrêmement pauvre, ce n’est même pas la peine de regarder les paquets de gâteaux tellement ils sont… Là-bas, tous les produits sont graphiquement d’une très très bonne qualité. Le dessin est juste, il est frais, vivant. Et vu que je suis sensible au dessin, il me semblait tout à fait logique de montrer le Japon à travers ça. Cette différence de sensibilité par rapport au graphisme m’intéresse. J’ai donc fait un dessin qui arrive, c’est un français et il se dit: « mais, heu, j’suis nul ». Un dessin dont le but est de devenir une mascotte publicitaire, je trouve amusant de tordre ça. Alors ça donne un personnage un peu monstrueux, parce que c’est ce qui se passe quand on va dans un pays étranger: on voit des choses, on les ingurgite, on les digère, c’est comme ça que je l’ai représenté: comme inséminé par tous ces graphismes.

fantome_01

C’était aussi une manière de vous représenter, perdu dans toute cette différence?

Oui il y a de ça aussi; bien sûr ça peut être autobiographique.

C’est magnifique ce personnage qui se transforme au fil de ses découvertes !
C’est cette possibilité du dessin qui permet de se transformer, c’est marrant d’installer un dessin comme un personnage vivant, qui est effectivement un peu perdu.

Au départ on le sent un peu brouillé puis peu à peu il prend forme… et tout à la fin on sent qu’il est content ; vous avez vraiment ramené autant de peluches ?

Non, c’était plus dans la tête. Je les ai photographié; je n’avais pas la place dans mes bagages ni chez moi pour entasser des trucs pareils !

On a appris que vous faisiez un court-métrage avec le studio 4°C au Japon ; pourriez-vous nous en parler un peu? Comment en êtes-vous venu à cette collaboration?

Pour le court-métrage, je ne préfère pas en parler pour l’instant parce que c’est encore un peu flou. Ça fait 7-8 mois que je suis en contact avec eux. Pour l’instant j’ai fait un story-board, mais la communication est toujours un peu longue, car il y a un traducteur. Tant que les choses ne sont pas au point, tant que je ne suis pas persuadé que ça va sortir -enfin normalement ça fonctionne- je préfère ne pas m’avancer.
Le but est de faire un court-métrage au sein d’un long-métrage qui en réunit plusieurs, comme 4°C l’avait déjà fait, ici Genius Party. En général ce ne sont que des auteurs japonais. Ils ont tous les auteurs qu’il faut, ils n’ont pas besoin d’aller chercher d’autres gens, je trouve ça très intéressant qu’ils me demandent, en plus en toute liberté. Je fais le scénario, je fais les recherches graphiques…
C’est plutôt flatteur, vu la qualité de ce studio et de ce qu’ils font! C’est un des rares studios à faire du court-métrage avec cette liberté. Je ne connais pas tout ce qui se fait au Japon, parce qu’il y a tellement de choses… mais c’est un projet qui me tient vraiment à cœur ! Ca serait donc un film de 11 minutes.

Le manchot mélomane

Le manchot mélomane

Quand sortira-t-il, et avez-vous déjà un titre?

Normalement ça doit être fini en Septembre 2006, et ça s’appellera Le manchot mélomane.

Et à propos de votre long-métrage L’orgue de barbarie, où en êtes vous?

Très difficile à financer, on n’a toujours pas trouvé… Ça fait presque 6 ans et c’est très difficile, je crois que je vais plutôt aller voir du côté du Japon, voir s’ils ne sont pas plus ouverts.

Après le court-métrage?

Oui voilà. Après en France ça sera « Ah il a fait un court-métrage au Japon?! Ah c’est peut-être bien alors ». Ça marche comme ça malheureusement. Ici, les financiers ou les chaînes ne prennent aucun risque quand ce sont des budgets importants, surtout dans le domaine de l’animation. Comme pour faire ce film d’animation, le budget est de 10 millions d’euros, les investisseurs ne prennent pas de risque sur un projet atypique. Ils veulent des trucs qui ont déjà marché ou qui sont pour les gamins. Dès que c’est un peu spécial, il n’y a plus personne. Alors peut-être qu’en passant par le Japon ça va ouvrir des choses, j’espère, on verra. Ou alors tout produire au Japon, à la limite, c’est encore mieux.

En plus du Japon vous avez beaucoup voyagé, vous êtes allé au Brésil pour le magazine Géo, vous êtes également allé à Lisbonne pour un livre avec Raphaël Metz ; y’a-t-il d’autres pays qui vous intéresseraient, qui seraient source d’inspiration pour une nouvelle création ?

Oui, il y en a plein, mais j’ai une phobie de l’avion qui m’empêche de suivre certaines possibilités.C’est aussi difficile de voyager en se disant « c’est une commande, je dois faire quelque chose sur ce pays », on ne le voit pas de la même manière. Je sais qu’au Brésil, ça a été une expérience assez pénible parce que j’ai été pris en charge comme un journaliste. A Récif ils ont besoin de touristes -parce que quand les gens vont au Brésil ils ne vont pas à Récif, ils vont plutôt à Rio ou d’autres villes du même genre-. Sachant que Géo en Europe tire un nombre important d’exemplaires, j’ai été reçu comme un prince. Et c’est très pénible parce que j’étais avec un chauffeur, un interprète qui me faisaient visiter tout ce qu’il y avait de plus officiel dans la ville. J’étais dans un hôtel 5 étoiles absolument sinistre dans les quartiers riches. J’étais coincé dans un truc alors que j’aurais préféré rencontrer des gens… ça se passait bizarrement. On est là, dans une ville, sans connaître la culture ni la langue, ce qui n’est pas évident, et donc on ne voit que les clichés, on ne voit que ce qu’un touriste va voir. En fait, il faut aller dans un pays en connaissant des gens qui y vivent…

 

Pour sortir un peu des sentiers battus et découvrir le pays par soi-même.

Voilà, exactement. Là pour le Japon c’était bien, parce que je connaissais quelqu’un en France qui connaissait très bien quelqu’un qui vit à Nagoya, donc cette personne m’a montré des choses que je n’aurais jamais vu en temps normal. Comme l’histoire des faux prêtres, lui en était un: il faisait des faux mariages. Ça ce sont des choses intéressantes. Il m’a envoyé voir un temple rempli de sexes qui était très intéressant mais que je n’aurais jamais vu en temps normal.

Il n’est peut-être pas dans les guides…

Si, il doit y être mais si j’étais allé au Japon de manière officielle je n’aurais peut-être pas été jusque là… donc oui il y a plein de pays qui sont intéressants, mais j’attends de voir que les conditions donnent la possibilité d’éviter les clichés.

foret2_copie

Ca ne vous tenterait pas, de partir comme certains font avec juste un bagage et un crayon ?
Si, ça je le fais, mais sans dessiner parce que c’est les vacances. Ça m’est arrivé de le faire dans quelques pays, mais je n’avais absolument pas l’intention d’en faire quoi que ce soit professionnellement. Il y a des gens qui se promènent, et je trouve ça très bien, et qui arrivent à mieux voir le pays, à mieux voir les choses en les dessinant, en écrivant quelque chose ou en tenant un journal. Mais moi il faut vraiment que je ne dessine plus quand je suis en vacances.

Les souvenirs reviennent après…

Voilà.

Pour vos BD, est-ce aussi dur que l’Orgue de barbarie, avez-vous parfois du mal à convaincre les éditeurs pour certains projets un peu atypiques, ou est-ce que ça passe tout seul ?

Non, aucun problème. Un livre c’est moins cher à faire, il n’y a pas un aussi gros investissement, et mes livres se vendent assez bien pour que ça soit rentable, quels qu’ils soient donc, pour l’instant, un éditeur n’a pas de raison de refuser un projet.
 Je pense même que je pourrais me permettre des choses encore plus expérimentales. Là je refais un truc chez Dupuis, Salvatore, le deuxième tome, qui est à mon avis un peu plus classique, mais si je refais une BD derrière, elle sera beaucoup plus radicale; parce que justement je peux me le permettre, donc autant y aller, même si c’est plus difficile de toucher un public quand on fait quelque chose de très radical. C’est bien de faire des livres très divers.

Salvatore

Vous avez déjà des idées pour le prochain ?
Oui, je tiens un espèce de journal à postériori où je parle de l’expérience au Brésil. En fait je vais continuer l’histoire qu’il y a dans Japon en la mélangeant avec des expériences d’autres voyages étalés sur 10 ans. J’avais fait un voyage en Biélorussie qui était assez spécial, je vais parler de ça, du Brésil et de plein d’autres choses. Ca va être une sorte de voyage, sur des choses qui se sont passées 5-10 ans en arrière, sous une forme moins BD mais en intégrant celle de Japon que je continue, en faisant se rencontrer les différentes histoires.
L’ensemble parlera du rapport du dessin à la réalité. C’est-à-dire « Comment représenter la réalité ? ». C’est le dessin qui est un peu le héros de l’histoire, et le reste c’est moi, mon rapport au dessin, vis à vis de cette réalité: comment la rendre, ce qu’on rend en dessin par rapport à ces voyages. Donc ça c’est le prochain projet.

La partie présente dans Japon sera en couleur ?
Non, ça sera un livre de 200 pages tout en noir et blanc.

Pour quand est-ce prévu ?

Je ne sais pas. Avec le court-métrage japonais et mes autres projets en cours, ça va me prendre au moins 7-8 mois de travail… peut-être dans un an et demi.

Vous avez un style bien à vous, que l’on reconnaît un peu partout, quand on voit un dessin on se dit « ah ça c’est Nicolas de Crécy », mais est-ce que vous avez des inspiration graphiques ou scénaristiques, des modèles ?
Démodés ?

Non, non ! Des modèles !

(rires) Pardon je m’inquiétais, mais oui c’est démodé parce que c’est vieux, mes modèles d’inspiration sont vieux, ça c’est sûr. Enfin ça dépend, c’est large. Tout m’inspire, tous les moyens d’expression, image ou pas image, tout ce que peut proposer l’histoire de l’art est évidemment passionnant!

Vous n’avez pas une idée particulière en tête ?

Non, pas spécialement, il y a plein de choses intéressantes dans tous les domaines, l’inspiration vient de partout que ce soit le cinéma, la peinture, l’art contemporain; il y a des choses à prendre un peu partout, qui m’intéressent. Après c’est vrai que je fais de la BD, donc je dois respecter certains codes de narration qui vont m’obliger à tordre mon dessin dans un certaine direction qui à mon avis n’est pas tout à fait libre. La BD ne permet pas d’être complètement libre graphiquement. J’avais un projet de faire une BD abstraite, j’aimerais bien le faire un jour, mais je pense que c’est difficile pour le lecteur. Je peux peut-être m’amuser mais…

C’est difficile pour le lecteur de se mettre dans la tête de l’auteur, d’avoir la même vision que lui ?

Ça dépend. Ce que j’aime bien dans les œuvres en général, que ce soit en cinéma, peinture ou autre, c’est qu’on laisse une place à mon imagination, qu’on ne me dise pas absolument tout ce qu’il faut penser et voir. Je trouve la BD parfois trop explicative. J’aime bien quand le scénario est plus lâché, plus dilué, où on peut voyager dedans à son aise. Par exemple j’aime bien le cinéma asiatique, leur système de scénario, il semble beaucoup plus libre, plus surprenant. Ça l’est peut-être moins pour un Japonais ou un Coréen qui connaît ce système, mais en tant qu’européen je suis très surpris par la façon dont ils racontent les histoires. Sauf quand ils essayent de faire du film international qu’ils vont vendre aux USA ou en Europe comme par exemple In the mood for love, je trouve ça beaucoup moins intéressant, on sent que c’est fait pour plaire à un public mondial. Mais il y a des films, comme certains de David Lynch qui laissent tout le travail au spectateur. Il ne va pas dire qu’il faut penser ci ou ça, qu’il faut aller dans cette direction, il vous laisse vous faire votre idée, et là vous réfléchissez sur ce qu’il a voulu dire. Le film est ouvert, et je trouve ça vraiment intéressant. L’image arrêtée m’inspire aussi ; j’aime bien la peinture et la photographie parce qu’elles montrent moins que le film où tout va être décrit.
Je ne parle pas du scénario mais de l’image elle-même, qui est trop montrée, trop dite. Sur une image arrêtée on va pouvoir imaginer énormément de choses et c’est ça que je trouve vraiment intéressant. Et c’est aussi ce qui est intéressant dans la BD, mais il y a tous ces codes, qui peuvent être pervertis, mais si on les pervertit trop on s’éloigne de la compréhension pour 80% des lecteurs. C’est tout de même bien de faire quelques albums comme ça. Ça va être mon but après, de faire des trucs…impossibles à lire, dans lesquels on pourra circuler, ce que je trouve intéressant. Il faut qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture.

Le bibendum céleste

C’est déjà un peu comme ça dans Le Bibendum céleste…

Oui, dans Le Bibendum céleste, c’est le but avéré, j’ai reçu énormément de critiques disant « c’est hermétique, c’est chiant, on ne comprend rien, il n’y a pas de scénario » , ce que je comprends. Mais ce que je réponds à ça, c’est « Lisez Largo Winch si vous voulez un scénario béton », enfin ce que vous estimez être un scénario béton. Pour moi c’est toutes les ficelles absolument énormes qu’on voit à 100 kilomètres. Il y a beaucoup de choses en BD ou au cinéma qui proposent ça. La BD est un domaine de recherche comme un autre, même si elle est narrative, donc autant en profiter.

A propos des techniques que vous utilisez, vous faites aussi de la peinture, de l’aquarelle, du crayon… y en a-t-il une que vous préférez ?

Je n’ai plus autant de temps, comme pour le Bibendum céleste qui représentait beaucoup de travail, on voit le mélange des techniques sur les originaux. Ce que j’ai fait récemment en aquarelle est plus rapide. Je ne peux plus passer 2 ans sur un livre, je n’ai plus le courage de faire ce que j’ai fait sur Foligato, Le Bibendum céleste. J’ai envie d’être plus rapide, de faire quelque chose de plus classique. Plus l’image est travaillée, plus ça coupe la narration et c’est ça le problème. Il y a une espèce de simplification qui n’est pas obligatoire, mais au bout d’un moment on va vers une simplification en BD, même si j’aimerais faire quelque chose de plus abstrait, de complètement pictural avec un texte, après il faut trouver la forme.

IMGP4347

Y a-t-il des œuvres que vous avez lu récemment et qui vous ont plu, aussi bien au niveau BD qu’au niveau roman ?
En fait je n’en lis plus beaucoup. J’en ai lu mais ça ne m’a pas marqué. Sinon en roman j’ai lu comme tout le monde celui d’Easton Ellis, Lunar Park. Je l’ai trouvé très fort dans la double lecture qu’il propose. Son roman est très curieux, il est fabriqué d’une manière classique avec des ficelles qui donnent envie de tourner la page à chaque fois, avec une dramaturgie qui est très bien pensée. Ça va dans des directions qui sont très étranges, c’est un drôle de mélange, vraiment étonnant. Je pensais détester ce genre de trucs et j’ai été agréablement surpris, j’ai trouvé ça assez fort. Sinon je ne me souviens pas…

En ce moment vous exposez à la Manufacture des images au festival d’Angoulême, qu’est-ce qu’on peut y voir comme travaux ?
Là il y a un bout de story-board du projet pour le court-métrage japonais. Il y a 7 ou 8 pages du story-board.

Et l’exposition de L’orgue de barbarie sera bientôt à Bruxelles, en Mars, reviendra-t-elle en France après ?

Oui, à Valence. A Bourg-les-Valence il y a un festival mixte entre BD et images, c’est un festival d’un jour je crois, je ne sais plus exactement ce que c’est…à Valence et puis peut-être à Annecy, mais ce n’est pas sûr.

En tout cas on espère qu’il y aura un financement après celui du court-métrage japonais. Merci à vous !

Merci.

L'orgue de barbarie

L’orgue de barbarie

+ Pas encore de commentaires

Je commente