Knapfla

Knapfla


Entre enfants masqués et équilibristes graciles, l’univers de Knapfla est une ode à la douceur et à l’innocence de l’enfance qui nous renvoie à nos propres souvenirs, porté par un dessin d’une finesse extrême. Toutefois, cette légèreté apparente dissimule un autre visage comme le laisse deviner le titre de son exposition Masques en rades, qui se tient jusqu’au 9 juin 2012 à la Galerie 9 à Lille.

Originaire d’Alsace, Géraldine Federspiel, née en 1981, a travaillé un moment dans la grande distribution après des études de stylisme et de création textile, un monde et un mode de travail qui ne lui correspondait pas. Aujourd’hui freelance, elle préfère travailler seule chez elle, et dispose d’un tout petit atelier dans le vieux Lille, auquel on accède par une échelle. Cet espace minuscule aux dimensions de maison de poupée -7m2 sur deux étages- est l’endroit où naissent ses dessins ; lumineux, une vue sur les arbres par la fenêtre, des crayons bien alignés et des dessins aux murs.

Très ordonnée, elle aime que ses crayons soient rangés avec soin par couleur dans leur boîte, mais n’apprécie pas pour autant les étiquettes, et ne se considère ni artiste, ni illustratrice et encore moins styliste. Elle préfère se dire « Gribouilliste », un joli néologisme qui fait sourire face à la précision imparable de son trait de crayon.

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Cette finesse du trait s’obtient grâce à l’utilisation d’un porte-mine ou de crayons taillés à bloc. Autre particularité, les dessins ne sont pas réalisés directement sur la feuille blanche, et font l’objet de minutieuses strates de dessins intermédiaires. Géraldine dessine tout d’abord sa composition sur papier calque. Elle accumule ces couches transparentes et les superpose jusqu’à être satisfaite du résultat, changeant de calque à chaque trait ne correspondant pas à ce qu’elle souhaite. Elle reporte enfin le résultat obtenu sur une feuille blanche toute propre, afin d’obtenir un dessin net, sans ratures ni traces de gommes. Jusqu’à 5 calques sont parfois utilisés pour un dessin, qui finissent sales et plein de tâches, et atterrissent souvent à la poubelle. Ce processus de travail d’une grande précision demande du temps, plus d’une semaine à raison de 6h de dessin par jour pour son œuvre Masques en rade par exemple.
Cette phobie des tâches et des ratés, qu’elle apprécie pourtant chez les autres, lui ont longtemps rendu difficile la tenue d’un carnet de croquis, qu’elle arrêtait net dès la moindre rature. Elle s’y est remise dernièrement.

Au delà du plaisir pris dans le processus de dessin même, Knapfla aime plus que tout raconter des histoires. En image, surtout, car les dessins évoquent pour elle plus de choses que les mots. Dans ces scènes drôles et tendres où des petites filles à nattes jouent avec des ours, impossible de ne pas penser aux contes et fables qui ont bercé nos enfances. Toutefois, derrière cet aspect universel, des bribes d’histoire personnelle se cachent derrière chaque dessin comme derrière un masque. Le dessin a pour cette jeune dessinatrice une fonction cathartique, presque de journal intime, et souvenirs et angoisses peuplent en filigrane chaque image. Intimes, parfois même politiques, ces références sont toujours cryptées, laissant voir tout autre chose au spectateur qui reste libre de projeter ce qu’il souhaite sur les dessins.

Quant au masque, accessoire ludique, théâtral et symbolique, il est très présent dans ses dessins et plus particulièrement dans ceux présentés à l’exposition, souvent sous forme de masques animaliers.
On sent d’ailleurs un soin particulier apporté au costume de ses personnages, des masques aux cheveux tressés en passant par les petites chaussures et robes aux motifs et couleurs variés. Cette attention portée aux costumes n’est pas étrangère à la formation initiale de Géraldine, mais provient aussi d’un intérêt pour le monde de la scène et du cirque, et des costumes traditionnels de l’Alsace dont elle est originaire, plus particulièrement le travail de l’illustrateur Hansi et ses scènes de vie colorées.
Issu d’une spécialité gourmande, son pseudonyme Knapfla provient lui aussi d’Alsace, tout comme les titres de certaines œuvres, tel Grapsa (« Grimper sur quelque chose ou quelqu’un »), ou sa série d’adorables maisons en bois colorées inspirées de la comptine traditionnelle Hans em Schnokeloch, soigneusement alignées dans la vitrine de la Galerie 9 comme un lotissement de conte de fée.

Sur l’invitation de Smalticolor, Géraldine a également réalisé pour l’exposition Masques en rade des céramiques circulaires au rendu très mat, qui servent chacune de support à un dessin. Les premiers essais se sont fait à tâtons. La porcelaine cuisant à 1200°, elle a vite réalisé que le dessin au critérium ne tenait pas et disparaissait complètement à la cuisson. Elle a finalement trouvé une solution en aquarellant un crayon oxyde et en dessinant avec un pinceau extrêmement fin. Quelques essais d’émaillage font fuser le dessin très fin, les céramiques garderont donc leur aspect brut. La céramique permet moins de maîtrise du résultat qu’un dessin sur papier et porte une grande part d’inattendu, ce que Géraldine a beaucoup apprécié. Elle aime se bousculer et se forcer à lâcher le critérium de temps en temps pour expérimenter d’autres techniques.
Chacune des 18 céramiques réalisées est unique et a nécessité entre 5 et 8 heures de travail. Le souci du détail a été poussé jusqu’à la réalisation de petits sacs en toile à beurre faits main assortis d’une jolie étiquette.

A l’avenir, Géraldine aimerait faire évoluer son dessin vers un mélange harmonieux entre illustration et formes plus abstraites. Elle a publié plusieurs livres en auto-édition et aux éditions Nuit Myrtide. Elle souhaiterait désormais se consacrer à la réalisation d’ouvrages jeunesse et être éditée. Enfant, ses livres préférés étaient Michka (Marie Colmont et Feodor Rojankovsky), Le Polichinelle de Chiffon(Michael Ende et Roswitha Quadflieg) et Contes pour Enfants pas sages de Prévert. Nul doute que ses propres ouvrages seront tout aussi enchanteurs.

Son site : http://www.knapfla.com/
Son blog : http://www.knapfla.com/blog/

Exposition Masques en rade, juin 2012, GALERIE 9 à Lille

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